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Cacouna, 30 juillet 2021

Aujourd’hui, en direction de Cacouna, j’ai eu mon baptême de la navigation dans le fleuve Saint-Laurent. Je vais t’en reparler dans un autre billet, mais sache que j’ai tout eu dans la même sortie. Du départ de Saint-Jean-Port-Joli, des vagues de 6 pieds, avec quelques-unes qui devaient frôler les 8 pieds. De forts vents, contre marée (d’où les grosses vagues!). Je n’arrivais même pas à me lever pour aller accrocher mes défenses sur les filières tellement les vagues étaient délirantes.

Le VIKINGR était projeté violemment à bâbord puis à tribord, dans un mouvement de balancier sans fin! L’eau passait par-dessus les rails de chaque côté du bateau et s’engouffrait dans le cockpit; il y avait de l’eau partout!

De la pluie forte, des éclaires… et soudainement, après deux heures de temps fou, le calme plat. Une mer d’huile. J’ai même eu la chance d’être accompagné par un groupe de bélugas, le temps de m’éloigner d’eux afin de leur laisser tout l’espace. Minimum 400M.

Ce fut, comment dire… tellement formateur! Quelle expérience de navigation!

Port Canada | Gros-Cacouna, Cacouna

Toujours est-il que j’arrive finalement, sain et sauf, dans le coin de Gros-Cacouna, tout juste en face de l’embouchure du Saguenay (ou presque). On y retrouve un espace pour y passer la nuit, bien à l’abri dans un port commercial. Nous sommes tolérés, mais il ne faut pas abuser de leur bonté. C’est un endroit où l’on peut se réfugier en cas de besoin ou en attente de la bonne marée pour entrer dans le Saguenay. Et y passer la nuit si la météo n’est pas clémente. C’est ce que je vais faire.

Il y a déjà deux bateaux sur place. Qui quittent en direction de l’ouest. Probablement pour rejoindre la marina de Saint-Jean-Port-Joli ou encore le port de refuge de Cap-à-l’Aigle. Le temps d’un signe de la main pour leur souhaiter bonne traversée qu’ils sont déjà loin.

Me voilà donc rendu en sécurité. Seul. Je me déniche un endroit où je serai bien ancré. Sous la quille, 12 pieds d’eau. C’est parfait! Je mouille l’ancre et j’éteins le moteur. C’est le silence complet. Enfin, je peux me détendre un peu. J’en profite pour faire l’évaluation des dégâts. Mais surtout, une autocritique de ce que j’aurais du et pas du faire. Je t’en reparlerai dans un autre article.

Un autre voilier vient se réfugier lui aussi. Nommé LAROSE DES VENTS. Un beau bateau. Mais je suis trop fatigué pour sociabiliser. Je me contente de le regarder jeter l’ancre à son tour, non loin de moi et de le saluer. Ils sont quelques-uns à bord, sans doute une petite famille.

Je rentre faire le rangement de toutes les choses qui sont tombées au centre du carré. Cela fera partie des choses à améliorer : bien sécuriser les choses avant de partir! Je me prépare aussi un repas. Et préparer est un bien grand mot. Je me fais plutôt chauffer une cane de ragoût de boulettes, le Cordon-Bleu. Celui avec des pommes de terre, pour ceux qui connaissent. Je ne ferai pas le difficile ce soir. La couchette m’attire beaucoup et dès que j’aurai fini de manger et de laver le petit peu de vaisselle, de me laver moi-même à la débarbouillette, je m’installerai pour la nuit. Des orages intenses sont annoncés pour cette nuit. Ça va bien dormir!

Le bateau Larose des vents

Larose des vents, mon voisin au Port de Gros-Cacouna, à Cacouna

1h30

Un bruit provenant de l’avant de mon bateau me réveille…

On dirait quelqu’un qui s’amuse avec mon ancre. Je me dis que c’est peut-être le courant.. Avant de réaliser qu’il n’y a pas de courant ici, nous sommes dans un port. Alors c’est sûrement le vent? Que veux-tu que ce soit d’autre? Je sors vérifier…

Dès que je mets le pied en dehors de la couchette, je suis propulsé, tel un obus, et je tombe à la renverse au beau milieu du carré. Lampe de poche à la main, un peu médusée et encore à moitié endormie, je réalise que le bateau vient d’être propulsé vers l’arrière, par une force extraordinaire! J’entends la chaîne de mon ancre frapper contre je ne sais quoi. Le VIKINGR est tiraillé et bouge dans tous les sens, comme si c’était un tout petit bateau. Il fait tout de même 10 000 lb!! Et tout à coup, on recule de 30 pieds en une seconde (ou deux, je n’ai pas eu le temps de compter!). Et puis, tout s’arrête! On entend que la pluie frapper aux hublots.

Je sors. Il pleut à boire debout. On n’y voit rien du tout. Les gouttes brouillent totalement la surface de l’eau et leur froideur finit de me réveiller. Je me rends alors compte que l’étrave de mon bateau, c’est-à-dire l’avant, où est située mon ancre, est enfoncée. Je jette un coup d’œil en direction de mon voisin. Je ne distingue pas son feu de mât, mais aperçois tout de même une faible lueur. Merci, Odin, ils sont toujours là! Je les surveille un bout de temps, le temps d’être totalement trempé.

Il ne se passe plus rien. Rien ne bouge. Tout semble normal. Je me dirige vers l’avant afin de voir ce qui s’y passe. Je rallonge ma touée. Et le bateau reprend sa place. Je verrai demain à essayer de trouver ce qui s’est passé. Pour le moment, je retourne à bord. Le temps de me sécher et je suis déjà au lit.

Bientôt 2h du matin. Je dois dormir encore un peu…

Mais je n’en ai pas le temps!

Un bruissement se fait entendre. Quelque chose, quelque chose d’énorme frôle ma coque, côté tribord. Ma couchette est située côté bâbord. Je ne sais pas trop quoi faire. J’écoute! Je suis très attentif, les clés du moteur d’une main et la lampe de poche dans l’autre. Je distingue sans peine qu’on touche encore une fois à la chaîne de mon ancre. Mais beaucoup moins violemment que précédemment. C’est plutôt un effleurement. Un geste curieux.

Et puis tout s’arrête… quelques secondes

Cette fois-ci, le bateau bouge quelque peu et ce qui était du côté tribord vient de passer côté bâbord. Je vais être franc avec toi, je m’attendais à tout, sauf à cela.

Deux centimètres

C’est tout ce qui me sépare de cette chose énorme.

J’entends très distinctement le frottement. C’est impressionnant, mais je ne sens pas d’agressivité. Plutôt de la curiosité. C’est un mouvement doux. Ondulatoire… qui s’estompe et disparaît. Évidemment, je sors dans le cockpit. Je veux voir de quoi il s’agit. Mais la pluie m’interdit toute possibilité de distinction. On ne voit pas à plus de 10 pieds. Pas d’ailerons, pas de sillon… rien. Aucune piste!

Le lendemain, j’en parle avec mon voisin. Qui est curieux de me voir essayer de retirer mon ancre qui doit être maintenant complètement ensevelit 10 pieds dans la boue. Avance-recule, avance-recule. Eux n’ont rien vu ni rien entendu. Je lui raconte un peu ce qui m’est arrivé. Mais je n’ose pas aller trop dans les détails, je ne veux pas les effrayer!

Le voilier Vikingr à Cacouna

Le VIKINGR au Port de Gros-Cacouna, Cacouna

Alors, qu’est-ce que c’était?

Aucune idée.

Je n’ai pas réussi à savoir ce que cela pouvait être. On m’a dit qu’un grand requin avait été aperçu dans les parages dans les jours qui ont précédé mon aventure. On m’a aussi dit que cela pouvait être un béluga, mais j’ai des doutes. Avec la force incroyable que j’ai sentie, à la vitesse que mon bateau s’est déplacé, bien ancré… Cela devait être énorme.

Une baleine? Dans 12 pieds d’eau? Pas certain. Je n’ai pas vu non plus de traces à l’avant de mon bateau. Seul sur les flancs, on pouvait y distinguer que quelque chose s’y était frotté. C’est tout.

Comme un fantôme, il s’est évaporé le long des côtes de Cacouna.

Voilà! J’espère que cet article t’aura plu?!

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Que Odin soit avec toi!

Photo aérienne du VIKINGR : Philippe Larose de Larose des vents
 
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Rejoindre la discussion 8 Commentaires

  • Isabel Tremblay dit :

    Quel récit intrigant! Une telle aventure rend la navigation encore plus intéressante et donne le goût de l’eau. Il y a que les voileux qui ont la chance d’être fusionnels avec les mystères et les merveilles de la nature marine. Bon vent mon ami. Isabel

    • Louis Houde Louis Houde dit :

      Bonjour Isabel!

      Merci beaucoup pour ton commentaire. Et c’est vrai que la navigation à voile, de part sa nature, est très propice aux rencontres fusionnelles comme tu dis! On voit pas mal plus de choses à 5 nœuds qu’à 25. Bonne saison et encore merci pour ton commentaire!

  • Tantine dit :

    Cacouna, la maternité des bélugas… 🙂
    Excellent récit! Merci.

    • Louis Houde Louis Houde dit :

      Allô Tantine!

      Tout d’abord, merci de prendre le temps de m’écrire!

      Je ne savais pas que Cacouna était la maternité des bélugas. Je sais cependant qu’il y a une zone de «nidification» dans l’anse Sainte-Marguerite, dans le fjord du Saguenay. D’ailleurs, c’est totalement défendu d’aller là en bateau. Il y a une zone bien délimitée sur les lecteurs de carte et sur les cartes papier également. Es-tu déjà allé dans ce coin-là (le fjord) ? C’est tellement beau!

      Encore merci pour ton commentaire!

  • Nancy Fortin dit :

    Allo Louis,
    Tu écris très bien, c’est comme si on était avec toi pour le vivre. Pas toujours reposantes nuits à bord, ouf!
    Ça me donne encore plus le goût d’en partager avec toi, lorsque le cœur te le dira. Si je ne suis d’aucune aide pour les manœuvres, je serai une excellente partenaire pour faire le ménage du carré 🤣
    L’hiver doit être long quand on est passionné comme toi!
    À bientôt, Nancy

    • Louis Houde Louis Houde dit :

      Allô Nancy!

      Merci pour le gentil compliment! Ça me rassure un peu. Parfois j’écris et je me demande si je vais bien rendre la situation! Il semble que je n’ai pas raté cette fois.

      Bien oui, tu es la bienvenue à bord du VIKINGR. Ne t’inquiète pas, le ménage sera déjà fait ;-). Pour ce qui est des manœuvres, je préfère voir mon monde bien assis dans le cockpit et profiter de la vue.

      Par rapport à l’hiver et malgré les croyances, non, l’hiver passe vite malgré tout. J’ai plein de choses à faire et je ne réussis jamais à tout faire!

      Au plaisir!

  • Maurice dit :

    Bravo, très bon récit
    Un fantôme mouillé pour une nuit blanche.
    Salut

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